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Interview

  Grand Entretien

Andros Dresamore i : «Je me tiens là où le sens ne veut plus venir.»

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Longtemps silencieux

– parfois littéralement –, Andros Dresamore i ne se laisse approcher qu’à contretemps. Né en 1972, il est tour à tour artiste performatif, vidéaste accidentel, et ex-pédagogue du silence, fonction dont il semble toujours se remettre. Vivant entre Barcelone, Paris et Mâcon, et des zones sans réseau volontairement choisies, son œuvre semble se tenir en dehors du flux – et du sens –, tout en le révélant.

Ses vidéos aux gestes retenus, ses performances dans l’espace public déroutent autant qu’elles séduisent. Entretien avec un homme qui ne prétend rien, et qui pourtant, provoque beaucoup.

Vous vivez entre Barcelone, Paris et “des zones sans réseau”. Pourquoi cette géographie discontinue ?

Andros Dresamore i :
J’essaie de résider là où la connectivité émotionnelle devient improbable. Les zones sans réseau me permettent d’être disponible pour des choses qui ne cherchent pas à m’atteindre. Le bruit des antennes me fatigue. Et j’ai remarqué que mes gestes sont plus sincères quand je ne suis pas traçable.

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Vous avez dansé dans une rue, deux fois : une fois sous le soleil, puis sous la pluie. Et c’est la même danse, sans emphase. Pourquoi ?

Je voulais savoir si le climat avait un impact sur la mémoire du trottoir. Est-ce qu’il m’oublie sous la pluie ? Est-ce que je glisse dans son souvenir ? C’était une étude d’adhérence affective. Au final, seul un passant a réagi.

Vous vous êtes aussi aligné parfaitement avec un pictogramme de toilettes pour hommes, dans un aéroport. Est-ce une critique du genre, ou du graphisme ?

Je voulais me fondre dans le code.

Plutôt une manière, peut-être, de fuir mon propre corps.

En m’alignant sous ce pictogramme de toilettes pour hommes, j’ai ressenti une forme de soulagement : être réduit à une silhouette neutre, sans traits, sans organes, sans histoire. Un corps fonctionnel, symbolique, qui ne pèse plus. Quelque chose de plus simple, plus léger, presque abstrait.

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Et cette fameuse performance où vous dormez dans une barrière métallique en pleine rue, pendant qu’une berceuse remplace le bruit des voitures ?

J’ai dormi là, dans une barrière métallique, comme on s’allonge dans une parenthèse. Dormir dans un lieu non prévu pour ça, c’est une manière de gratter la surface du réel — de faire apparaître une fragilité dans l’armature du quotidien.

La berceuse a remplacé le vacarme des voitures parce que, parfois, le monde mérite d’être bercé. Même brièvement. Même si personne n’écoute.

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Dans une autre vidéo, vous plongez la tête dans une poubelle pendant que la musique du Grand Bleu se déclenche. Pourquoi ce choix ?

Ce jour-là, je voulais disparaître. J’avais besoin d’un silence lourd, d’un endroit où plus rien ne me sollicite. Et la poubelle était là. Elle m’a dit bonjour. 

Alors j’ai plongé la tête. Pas pour choquer, juste pour m’effacer un instant. On a pleuré ensemble, elle et moi. C’était notre manière d’être seuls à deux. La musique du Grand Bleu s’est déclenchée au même moment dans ma tête.

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Dans votre rapport à la latéralisation symbolique de l’espace public, que faites-vous de l’intermittence des seuils flottants ?

C’est essentiel. Je travaille beaucoup sur ce que j’appelle les zones d’attente sans début. Ce sont des endroits où l’on pense commencer quelque chose, mais où l’on oublie pourquoi. Un escalator arrêté. Un banc trop petit. Un point info fermé. Ce sont mes lieux préférés.

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Que vous reste-t-il de votre formation initiale ?

Un certain respect pour le non-savoir. Je crois que ne pas comprendre une chose est une forme de fidélité à ce qu’elle est. C’est pour cela que je réponds souvent à côté. Ou que je ris au mauvais moment.

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Quel est votre rapport au monde de l’art ?

Il est tangentiel. Je suis souvent à côté, ou derrière un panneau de sortie de secours. J’ai exposé dans de belles institutions, parfois à leur insu. Je pense que l’art a besoin d’interférences douces, de parasites élégants. Je me vois comme un bruit blanc dans une galerie vide.

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Quel est votre prochain projet ?

Je vais m’asseoir dans une salle d’attente sans rendez-vous. J’espère tenir longtemps. Peut-être même jusqu’à l’oubli.

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Que diriez-vous à un jeune artiste qui commence ?

Ne commence pas. Attends. Échoue un peu. Et quand tu n’auras plus rien à montrer, alors montre ça.

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Un dernier mot ?

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