LES BRONZÉS
«Le cinéma nous a donné des gestes.
J’essaie de voir s’ils fonctionnent dans des lieux publics, sans public.»
— Andros Dresamore i

Texte critique
par André de Sá Moreira
Dans cette série de vidéos courtes, tournées dans des espaces publics banals, Andros Dresamore i engage un dialogue silencieux avec les grandes figures du cinéma populaire. Mais il ne s’agit ni de pastiche, ni d’hommage direct. Ce qu’il met en jeu ici, c’est la mémoire flottante de scènes gravées collectivement, réactivées dans des contextes où elles ne devraient plus avoir lieu.
Ces gestes issus du répertoire visuel mondial – sont réinjectés dans le quotidien : un parking, un quai, un terrain vague, un escalier. Ils y apparaissent désactivés, exposés à la gravité réelle, et pourtant porteurs d’une étrange dignité.
L’artiste ne cherche pas la fidélité : il n’imite pas, il se souvient corporellement. Chaque scène est un vestige, un mirage performé. Ce qu’il joue n’est pas un rôle, mais le souvenir d’un geste vu mille fois, resurgissant dans un corps qui n’a jamais été préparé à cela. Il ne se déguise pas, ne surjoue rien : le code est là, mais vidé de sa scénographie, déplacé, ralenti, comme en état de latence émotionnelle.
La vidéo devient alors le lieu d’une friction délicate : celle entre le grand récit fictionnel – l’héroïsme, la lutte, la perte, la transcendance – et les contraintes triviales de l’environnement contemporain. Dans cette tension, quelque chose d’inattendu surgit : une forme de persistance poétique, une humanité décalée, une tentative de réactiver des puissances imaginaires dans un monde saturé de gestes vides.